L’ironie, ou l’art de la morale en miniature
Abstract
Tout auteur d’une forme brève – de ces formes brèves, en vers ou en prose, qui envahissent la littérature et la presse du 19ème siècle – se trouve face à un dilemme. D’un côté, il sait bien que, selon la formule célèbre de Flaubert, « la bêtise consiste à vouloir conclure ». De l’autre, la brièveté même de son texte, qui brusque le lecteur, le conduit à compenser cette interruption par un effet de clausule (caractéristique, en particulier, des poèmes, des nouvelles et des chroniques) – en somme, par une moralité quelconque, qui permet de boucler au plus vite la boucle. La seule manière d’échapper à cette contradiction aporétique est de développer un art de la clausule ironique, qu’on explique le plus souvent par la vision désabusée (littéralement démoralisée) des auteurs du 19ème siècle et qui passe pour l’une des principales caractéristiques de l’ethos moderne (ou antimoderne), alors qu’elle répond d’abord à une contrainte proprement esthétique : l’obligation de conclure sans conclure.