De faux "vrais" adieux de García Márquez 1 - Université Paris Nanterre Access content directly
Journal Articles Crisol Série numérique Year : 2023

De faux "vrais" adieux de García Márquez 1

Abstract

Si l'espace d'un instant, Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m'offrait une miette de vie supplémentaire, j'en profiterais autant que je le pourrais. Je ne dirais probablement pas tout ce que je pense, mais quoi qu'il en soit, je penserais tout ce que je dis. J'accorderais du prix aux choses, non pour ce qu'elles valent, mais pour ce qu'elles signifient. Je dormirais peu, je rêverais beaucoup, car je sais bien que chaque minute où nous fermons les yeux, nous perdons soixante secondes de lumière. Je marcherais quand les autres s'arrêteraient, je me réveillerais quand les autres dormiraient. Si Dieu m'offrait une miette de vie supplémentaire, je m'habillerais avec simplicité, je me coucherais sur le ventre sous le soleil, laissant à découvert non pas seulement mon corps, mais aussi mon âme. Je démontrerais aux hommes combien ils se trompent quand ils croient qu'ils cessent de tomber amoureux en vieillissant, sans savoir qu'en réalité, ils vieillissent quand ils cessent de tomber amoureux. Je donnerais des ailes à un enfant, tout en le laissant apprendre à voler par lui-même. Aux vieillards, j'apprendrais que la mort ne vient pas avec la vieillesse, mais avec l'oubli. J'ai appris tant de choses de vous, vous les hommes… J'ai appris que tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans savoir que le véritable bonheur réside dans l'ascension elle-même. J'ai appris que quand un nouveau-né serre, pour la première fois, le doigt de son père, il s'en est emparé à jamais. J'ai appris qu'un homme n'a le droit d'en regarder un autre d'en haut seulement quand c'est pour l'aider à se lever. Tellement nombreuses sont les choses que j'ai eu le loisir d'apprendre de vous, mais en réalité, cela ne me sera guère utile, parce que quand on me rangera dans cette boite, je serai malheureusement en train de mourir. Essaie de dire toujours ce que tu ressens et fais toujours ce que tu penses au plus profond de ton coeur. Si je savais qu'aujourd'hui, c'est la dernière fois que je vais te regarder dormir, je te serrerais fort dans mes bras et je prierais Dieu pour pouvoir être le gardien de ton âme. Si je savais que ce sont là les dernières minutes où je te vois, je dirais « Je T'aime », sans supposer, bêtement, que tu le sais déjà. Il y a toujours un demain et la vie nous donne toujours une occasion de bien faire les choses, mais si je me trompe et qu'aujourd'hui est tout ce qu'il nous reste, je voudrais te dire combien je t'aime, que je ne t'oublierai jamais. 1 Toutes les citations ont été traduites par l'auteure de cet article.

Keywords

Domains

Literature
Fichier principal
Vignette du fichier
597-Texte de l'article-1828-1-10-20231007.pdf (152.33 Ko) Télécharger le fichier
Origin : Publisher files allowed on an open archive
Licence : Copyright

Dates and versions

hal-04440966 , version 1 (06-02-2024)

Licence

Copyright

Identifiers

  • HAL Id : hal-04440966 , version 1

Cite

Caroline Lepage. De faux "vrais" adieux de García Márquez 1. Crisol Série numérique, 2023, Mélange 2023 (Hors série). ⟨hal-04440966⟩
1 View
0 Download

Share

Gmail Facebook X LinkedIn More